« Investir dans des sociétés sous-cotées »

Pour l’équipe de Sparinvest, dans un contexte de forte volatilité, les investisseurs doivent miser sur des valeurs aux bilans solides et qui devraient résister à la pression des marchés.

lefigaro.fr/jdf.com - Croissance en berne, déficits publics élevés et volatilité forte sur les marchés financiers. En quoi la gestion « value » est une solution intéressante pour les investisseurs ?

Benoît Schouler - En se tenant à l’écart des valeurs dites « glamour » dont tout le monde parle, le gérant « value » (gestion qui consiste à acheter des entreprises sous-évaluées et négligées par les marchés financiers, NDLR) résiste à la pression du marché. Investir dans ce type de sociétés permet ainsi aux investisseurs d’éviter les bulles spéculatives. Par construction, la gestion « value » constitue la meilleure des gestions sur le long terme. (*)
Marie Ballorain, directrice de développement de Sparinvest en France
Marie Ballorain, directrice de développement de Sparinvest en France

N’a-t-elle pas la réputation d’être trop défensive ?

Marie Ballorain - L’investissement « value » ne consiste pas uniquement à investir dans des valeurs défensives ou des valeurs de rendement. Lorsque les marchés nous donnent l’occasion d’acquérir des sociétés solides à des prix réduits, nous ne nous en privons pas. Avec ce type de gestion, nous sélectionnons des sociétés sous-évaluées et négligées par le marché, aux bilans et aux comptes de résultats solides et avec une importante décote. C’est une gestion de patience et contrariante. Il faut aussi s’entendre sur la notion de « gestion défensive ». Dans le cas de la gestion « value », nous portons toute notre attention sur la préservation du capital. Cela signifie que nous n’investissons pas dans des sociétés qui « à la casse » pourraient n’avoir aucune valeur.

Vous évoquez le long terme. En raison des fortes volatilités que subissent les actions, n’y a-t-il pas un risque que l’horizon d’investissement se réduise ?

Benoît Schouler - Ce risque existe en effet. Il devrait surtout concerner les investisseurs non avertis. Malgré nos bonnes performances, notre message sur la gestion « value » passe plus difficilement auprès des particuliers qui sont moins initiés. Mais ils doivent comprendre que tous les gérants subissent cette volatilité. Là où ces derniers peuvent faire la différence, c’est en s’éloignant des pressions des marchés et en se concentrant sur les fondamentaux des sociétés qu’ils ont sélectionnées.(**)

Sur quels critères sélectionnez-vous vos sociétés ?

Benoît Schouler - Avant de sélectionner une société, nous nous assurons qu’elle protège le capital investi et qu’elle offre un rendement approprié. Ensuite, nous évaluons la solidité du modèle de l’entreprise ainsi que la durabilité de sa vigueur financière. Enfin, nous investissons si elle semble toujours bon marché. La plupart des sociétés dans lesquelles nous sommes investis ont réagi à la crise des deux dernières années en prenant des mesures dynamiques, en restructurant leur dette et en s’adaptant aux conditions économiques actuelles. Notre portefeuille « actions » s’est beaucoup diversifié tant en matière de secteurs d’activité que de zones géographiques. La crise nous a donné accès à des sociétés de taille beaucoup plus importante. Elle nous a aussi donné par exemple la possibilité de renforcer nos valeurs américaines longtemps trop chères à nos yeux.

Qu’est-ce qui soutiendra la gestion « value » en 2011 ?

Marie Ballorain - Le principal catalyseur de la gestion « value » sera les fusions-acquisitions. Il ne faut pas croire que les fusions et acquisitions se limitent aux importants rachats qui font fortement progresser le cours d’une action. Il peut aussi s’agir de fusions de moindre envergure, susceptibles de doper sensiblement la valeur de l’entreprise, mais à plus long terme.

Comprenez-vous que les actions fassent toujours peur aux épargnants ?

Benoît Schouler - Après chaque période de crise des marchés financiers, il est logique que les actions soient délaissées. Mais il ne faut pas oublier que le principe de base d’un investissement en Bourse, et encore plus d’un investissement « value », consiste à « acheter à bas prix, vendre à un prix élevé ». Le moment est donc particulièrement propice.

(*) Selon une étude réalisée entre 1926 et début 2010 par Henrik Amilon, analyste recherche chez Sparinvest, la valeur finale du portefeuille « value » est dix fois supérieure à celle du portefeuille « croissance ».

(**) Le fonds « actions value » de Sparinvest, Global Value, affiche une performance de 13,42%, depuis le début de l’année, contre 7,81% pour le MSCI World.

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