Quatre raisons à la baisse annoncée de l’immobilier Taux d’intérêt plus chers, fiscalité moins avantageuse, restrictions de crédit, remise en cause des valeurs refuges : la pierre perd de son attrait.

, par  Laurent L’Armorie , popularité : 59%

Il ne leur suffit pas de vouloir dégrader notre dette publique et son fameux triple A. Les agences de notation s’attaquent aussi à notre patrimoine privé. Et elles n’hésitent pas à déprécier ce qui nous est le plus sensible : la propriété immobilière. Standard & Poor’s prévoit ainsi que les prix des logements devraient « se contracter de 5 % à 10 %» cette année. Jean-Michel Six, l’économiste pour l’Europe de S & P, avoue que notre marché constitue « un mystère. Les prix des appartements (anciens) ont augmenté de 18 % à Paris entre septembre 2010 et septembre 2011, ce qui est un taux très inquiétant dans un contexte de recul économique et de chômage élevé ». Étrange paradoxe, en effet.

La France fait de plus en plus figure d’« exception ». Parmi les pays développés, elle est le seul où les prix sont repartis à la hausse après la récession de 2008-2009. Première explication, souvent avancée : le manque physique d’habitations disponibles. Contrairement à l’Espagne, qui a bétonné ses côtes au point de se retrouver face à un parc de 800.000 logements inoccupés, l’Hexagone se caractérise par un manque estimé entre 500.000 et 800.000. Or, tout ce qui est rare est cher : l’insuffisance de constructions justifie leur cherté. Certes. Mais comment expliquer alors que les loyers n’aient pas suivi ? « Les prix des logements anciens ont plus que doublé entre 2000 et 2010 (moyenne nationale), alors que les loyers ont augmenté de 29 %, à un rythme proche de celui du revenu disponible des ménages », selon l’Insee. Comme le fait observer un directeur de Bercy, « nous sommes le seul marché, avec le Royaume-Uni, où la valeur de l’habitat paraît déconnectée des loyers ».

La première décennie du troisième millénaire aura marqué une véritable rupture historique. Surtout à Paris où « les prix de vente des appartements ont progressé de 130 % de plus que les revenus, depuis 2000 », nous dit Jacques Friggit. Cet ingénieur des Ponts et Chaussées, chargé de mission au ministère de l’Écologie, a acquis une grande notoriété en établissant des statistiques qui remontent à 1840 ! Il a notamment observé que, de 1965 à 2000, les indices des prix de la pierre avaient évolué peu ou prou au rythme des indicateurs de revenus, dans une fourchette de plus ou moins 10 % au fil du temps. C’est ce qu’on appelle dans les milieux professionnels « le tunnel de Friggit ». Or, depuis dix ans, cette règle, de bon sens, ne joue plus : la valeur de la pierre a pris son envol comme un Maillot jaune du Tour de France distance le peloton dans le col du Tourmalet.

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